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Numéro bis | Numéro bis |
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Numéro bis
Je lui ai donné son surnom ce matin ! « Numéro bis ». Elle s’éloigne sur le trottoir, se retourne pour me dire : « pas drôle, maman ! » Moi, cela me fait rire de l’appeler ainsi : de toute façon, Il faut que j’arrête de l’appeler « ma petite » ! Du haut de ses neuf ans elle mesure un mètre trente cinq, et dans la cour du collège, on voit bien qu’elle est plus jeune que les autres. Pourquoi « numéro bis » ? Et bien, tout simplement parce qu’elle est, dans son attitude ma foi récente d’une quinzaine de jours, le portrait tout craché de sa sœur ! Oui, « numéro bis » n’a qu’une seule réponse en ce moment à tout ce que je lui demande : -« pourquoi moi ? » Elle en pose d’autres, des questions pertinentes, la canaille ! Du style : « pourquoi tu m’obliges, c’est pas juste ! » ou encore « pourquoi je peux pas le faire moi, j’suis assez grande, non ? », « pourquoi t’es énervée, maman ? »
Parfois, elle change de registre, et au lieu de trouver le monde injuste et de jouer à Caliméro, elle s’affirme par le non. Alors, toute une gamme de possibilités s’offre à elle : « non, attends cinq minutes !», « non j’ai pas envie ! », « non, maman ! »
Très imaginative, la miss oscille entre ces deux champs lexicaux, fait des mixtes, joue avec les intonations. Et moi, dans tout ça ? Je fais Françoise Dolto ! Oh ! en toute modestie, à mon niveau ! Parfois je change de référent et je vais choisir un homme, cette fois ! Jacques Salomé me plait assez ! J’écoute beaucoup, je questionne un peu : -Et que ressent-tu quand je te demande de ranger ta chambre ? exprime-toi ! As-tu compris pourquoi je ne suis pas d’accord avec toi ? J’évite la « tu tu mania » qui selon lui, met toujours l’ado ou le pré-ado, c’est pareil, sur la sellette : TU ranges, tu fais tes devoirs, tu te lèves maintenant, tu vas prendre ta douche…
Je peux vous avouer quelque chose ? Allez, on est là pour parler franchement, entre amis, non ? La méthode d’approche peut être parfois plus radicale et surtout paraître plus autoritaire, c’est certain. Ma fille, tu fais ce que je te demande, puis c’est tout ! Les règles sont établies ensemble, pas dans un conseil de famille mais presque, elles doivent être respectées : point final !
Quelle patience il faut parfois pour ne pas se laisser aller à crier !
Tout comme sa sœur, « numéro bis » considère le sol de l’appartement tout entier, comme un espace qu’il faut absolument camoufler. Non pas qu’elle estime que le revêtement de ces sols soit moche, vieux, ou abîmé par l’usure du temps, non tout simplement, elle aime laisser derrière elle la trace évidente de son passage ! Le résultat est hallucinant, le mot n’est pas trop fort ! Les baskets traînent sous la table de la cuisine, le manteau se retrouve jeté sur le clic-clac du salon. Le cartable est ouvert, il déborde de cahiers aux pieds du secrétaire. Il faudra partir à la pêche sous le lit pour récupérer la paire de chaussettes sales ! -Maman, t’as pas vu ma ceinture ? Maman, t’as pas vu mon survêt. , j’ai sport aujourd’hui ! Bien sur, quand les Mistinguettes s’inquiètent de rassembler les affaires dont elles ont besoin, il reste à peine cinq minutes avant l’heure de lever le camp ! Le pire je crois, c’est quand elles me demandent de signer un papier et qu’elles rajoutent d’un air affolé : « si je le rends pas aujourd’hui signé, je vais me faire tuer ! » C’est incroyable le nombre de fois où ces petites ont échappé, in extremis, à la mort ! Que dire de plus ! Toute mère ayant à la maison des ados connaît ces moments là, où plein d’amour pour nos enfants, on éprouve quand même une grande envie de les envoyer bouler pour clore une conversation qui, de toute façon, ne semble pas avoir d’issue calme. Un bon « file dans ta chambre !» Cela ne fait pas de mal. Je vous conseille, en toute amitié, d’essayer aussi la technique de la respiration par le ventre : tout en gonflant l’abdomen, pensez à faire vibrer dans votre tête, pour vous-même, les voyelles les unes après les autres. Il parait que cela libère le trop plein d’énergie des différents chakras. Pourquoi pas ! Au moins, ça occupe l’esprit à autre chose et c’est déjà un bien en soi, n’est ce pas ? Une autre méthode qui marche bien entre mes filles et moi : Suzie s’en sert beaucoup, et il est vrai qu’elle dédramatise tellement bien les situations, qu’elle parvient à nous faire rire. Vous avez un peu de temps encore ? je vous l’expose : il suffit d’imiter l’autre, dans ses gestes et ses paroles, pour en exagérer le coté ridicule ! En général, cela produit un électrochoc, sympathique pour celui qui a de l’humour, bien sur ! Soudain, on a devant soi une photographie grotesque de soi même et le tour est joué : tout le monde rigole, et on passe à autre chose, où l’on aborde la discussion sous un autre angle. Des solutions miracles avec mes ados, je n’en ai pas, et ce qui nous convient pour le moment fonctionnera t’il dans quelques mois ? Cela n’est pas évident ! Je m’adapterai, elles aussi, et si tout le monde y met du sien, alors elles partiront encore au collège avec leur survêt pour le sport, la ceinture pour le jean et le papier signé dans le cartable. -Bien rangé à plat dans le cartable le papier, s’il te plait, « numéro bis » ! Rendre un papier tout froissé, cela n’est pas poli du tout ! -Oh ! Maman ! je sais, tu me fais pas confiance ? -Mais si, ma petite numéro bis ! J’ai confiance en toi, mais pourquoi vouloir grandir si vite ?
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