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En scène
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En scène

Fred  se tient debout  au centre de la pièce.  Il lance la consigne, elle tient en quelques mots,  proposant ainsi un large champs d’action,  «  sur le trottoir  les piétons. Allez, c’est à vous de jouer ! A vous l’asphalte et vogue la galère ou plutôt le bitume ! »,  Lance-t’ il enthousiaste et confiant. Solennellement il frappe les traditionnels coups de lever de rideau. Non je plaisante  bien sur! Ce n’est qu’un cours de théâtre et une improvisation sur un thème donné.

Je m’installe en fond de salle au coté de notre professeur. Il me décrira  ce qui se passe sur la scène,  à voix basse pour ne pas déranger car je suis aveugle  et j’ai besoin de  ses quelques indications pour savoir ce qui se joue devant nous.     .

            La salle, dans sa longueur devient trottoir, il se peuple peu à peu et prend vie : je visualise tout très bien, j’extrapole, je brode et ça y est je suis dans la rue !

Voici apparaître la jeunesse !  L’adolescent tient sur son épaule un large poste de radio. Sa casquette  est de travers et  ses lacets  ne sont pas noués. Ils pendent de part et d’autre de la chaussure. Ses baskets semblent de ce fait bien trop grandes pour lui. Mais c’est la mode parait-il. Où va-t-il à cette heure matinale ? Quel âge peut-il avoir ? Je n’en n’ai aucune idée.  Il  baisse la tête, et marche en regardant ses pieds,  c’est un jeune timide qui veut qu’on le regarde malgré tout sinon pourquoi aurait-il poussé les décibels si haut ?

 Son copain a enfilé ses rollers. Il prend le temps de tirer sur son chewing-gum, c’est dégoûtant ! Il l’étire, l’étire au maximum  telle une langue de serpent puis le gobe à nouveau tout entier dans sa bouche! Je grimace à cette idée.

 

     Une mamie marche derrière lui ! Elle a bien du mal la pauvre ! Sa canne  en appui sur le trottoir, elle avance à petits pas. Courbée, le dos rond,  elle n’est pas pressée  Elle est à la retraite, elle a donc tout son temps.   Et puis le médecin a dit : « Mamie ! Il faut sortir tous les jours ! Il ne faut pas  restée enfermée, il faut voir du monde. C’est ça le secret de la longévité je vous assure. » »

Alors elle obéit, sagement car elle admire ce médecin qui  la soigne depuis tant d’année. Il s’est si bien occupé d’elle et de toute sa famille  qu’aujourd’hui elle lui fait entièrement confiance.

Une poussette arrive devant l’épicerie. Mais elle doit stopper. La  maman grommelle. Elle a l’air très énervée. Ce n’est pas la première fois qu’elle se retrouve dans une telle situation. Et  aujourd’hui elle en a marre. Elle s’écrit  donc :

«Les poubelles en plein milieu et les étals des magasins ce n’est pas pratique quand on veux circuler avec son bébé dans la poussette. Je trouve cela  inadmissible. Pour éviter tous ces obstacles, je suis obligée de descendre sur la chaussée. Cela me fait peur et c’est dangereux. Et s’il nous arrivait quelque chose, si nous nous faisions renverser par une voiture, qui serait responsable ? Quelqu’un peut-il me le dire ? Ce n’est pas une question de distance à parcourir, que l’on reste une ou cinq minutes sur la route, le danger est le même ! Les piétons sur les trottoirs et les voitures sur la route ! Chacun à sa place et tout le monde sera content ! Les poubelles le long du caniveau et les présentoirs des magasins à l’intérieur des boutiques ! Ce serait tellement plus simple et plus prudent ! Il faudrait aussi un peu penser aux  personnes en fauteuils  roulants ! », Lance t-elle pour conclure.

            Il tire sur sa laisse  ce chien ! Il a sans doute envie de faire ses besoins. . C’est un chien plutôt imposant. Ses poils longs et blonds le grossissent encore un peu plus. J’ai le sentiment que c’est un chiot. De quelle race ? Je n’en sais rien, je n’y connais rien, ah si je sais ! De la race touffu et tout foufou ! Son maître devrait l’emmener en pleine campagne pour qu’il se défoule un bon coup. Cela lui ferait du bien. La bête tourne, vire et voilà qu’elle s’arrête ! Elle pose ses déjections.  Je pense gros chien et j’en déduis grosse déjection. J’ai envie de crier : «Faites quelque chose ! Dites lui non pas là ! Tirez  sur le collier !  Montrez lui le caniveau, faites vite ! » Je reste silencieuse, la bouche  bée car je n’en crois pas mes yeux. Le maître regarde ailleurs, il sifflote et fait l’autruche. Je n’ai pas rêvé, il est bien à lui ce truc à quatre pattes qu’il tient en laisse, et donc par conséquent  la masse noire et odorante sur le trottoir aussi! Il devrait avoir honte. Moi à sa place je voudrais être une petite souris et  aller me cacher dans un  tout petit trou.

Quelle ménagerie ce matin !  Il ne manquait plus qu’elle ! Elle arrive, la poule de service. Perchée sur ses talons aiguilles, elle fait du lèche- vitrine. Elle sait qu’elle est en retard au travail, mais peu importe elle veux revoir cet ensemble si joli qu’elle admire depuis deux semaines ! A le regarder ainsi tous les jours, elle se trouve une excellente motivation pour  supporter  son  boulot si peu valorisant. Elle veux gagner de l’argent, suffisamment pour s’acheter ce magnifique ensemble.  « Le prix  du tissu au centimètre carré dans cette boutique est élevé, je te l’accorde.  Mais il faut le reconnaître, la qualité des finitions justifie un tel investissement. » a-t-elle expliqué à son cher et tendre époux.

Il faut tenter de courir maintenant et ce n’est pas facile pour la gallinacé. Les talons  de douze centimètres qui lui font la jambe si belle et longue ne sont pas faits pour la course. Tant bien que mal elle se dépêche.  De toute façon elle le sais son chef va l’accueillir, le regard noir et la bouche pleine de reproches. Elle espère  seulement que ses multiples retards ne lui vaudront pas un blâme.

 « Mais que se passe-t-il? », demande Fred. « Tout le monde  s’est regroupé du même coté de la  pièce  et  plus personne ne bouge ! Le flot des piétons s’est arrêté ! Vous êtes en panne d’inspiration ! Pourtant il y aurait tant à faire ! Creusez vous les méninges les filles, vous pouvez m’en trouver encore quelques uns, je vous fait confiance, vous avez de l’imagination»,  rajoute t’il.

Durant quelques minutes le silence s’installe. . Et puis quelqu’un ose, longe ce trottoir d’un pas rapide.

Soudain tout le monde éclate de rire.  

Fred, qui se tient  toujours à mon coté, se propose de m’expliquer  en détails ce qui vient de se jouer: « c’est Roseline, elle vient de trouver une  idée, elle interprète le rôle d’un piéton, on est d’accord ? Ce piéton est aveugle, jusque là rien de drôle, on est toujours d’accord ? Elle agite donc son bras de gauche à droite pour balayer son passage en faisant rouler sa canne au sol comme toi tu le fais, mais manque de chance, elle se mange le poteau  en pleine face. Elle est crédible, elle l’a vraiment bien interprété ce rôle, je t’assure ! »

 

On a bien ris, surtout lorsque j’ai raconté à toute la troupe que l’après midi même,  moi je m’étais mangé le manche d’une fourche qui dépassait d’une camionnette  stationnée  n’importe où.

Il était une fois un cours de théâtre si réaliste, si proche du palpable des choses de la vie que Roseline eut mal à la tête une bonne partie de la soirée.

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