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| Remerciements | |||||||||
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La chambre était fermée | La chambre était fermée |
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Arrêter la lecture : La chambre était fermée La chambre était fermée, le loquet de la poignée tiré : je ne sais pourquoi ce jour là, je décidais de montrer quelque chose à mon père. Je poussais la porte sans bruit, et timidement je rentrais dans la chambre. La pièce était silencieuse, mon père allongé du coté gauche du lit ne dormait pas. J’étais heureuse de lui parler, simplement ; à neuf ans je n’en avais pas eu souvent l’occasion. Je crois qu’il était content de me voir là, expliquant mon papier gribouillé. Tout à notre moment privilégié, je ne voyais pas la douleur lui déformer le visage et n’entendais pas sa voix, transformée par le mal qui le rongeait à la gorge. -Annie ! laisse papa tranquille, il est fatigué ! Je n’avais pas la permission de maman d’être là, et ce petit plaisir volé ne pouvait donc pas durer : j’avais tenté le coup, mais ne pouvais obtenir davantage que de me voir rappeler dans la cuisine. Mon père ne dit rien, me laissait partir d’entre ses quatre murs : ma mère avait donc raison, mon père était malade, devait se reposer, je n’avais fait que le déranger. Mais au fond de moi, quand même, je me disais : « pourquoi n’as-tu pas poussé cette porte plus tôt ? » Il me semble que c’était la dernière fois que je voyais mon père. Le jour de son décès, les enfants ne devaient pas aller ni à l’église, ni au cimetière. Leur place encore une fois n’était pas là. J’avais donc passé la journée sous la responsabilité d’une belle sœur ; je n’aimais pas du tout ce que je vivais, mais je n’aurais pas voulu non plus être chargée d’annoncer à trois enfants la mort de leur père. Nous prenant pour des petits qui n’ont pas de jugeote, elle optait pour une première approche : faire comme si de rien n’était. Sans doute se donnait-elle du temps pour réfléchir sur comment dire ces choses. Je ne lui jette pas la pierre, non, quelle charge, mon dieu ! Puis un par un, dans notre chambre, elle s’efforçait de trouver les mots les plus appropriés aux circonstances : « Maman est partie à l’hôpital, papa a fini de souffrir »… Nous l’avions compris tout seuls, et ses mains qui me caressaient le dos et qui voulaient absolument m’enlacer m’agressaient : je voulais la repousser, lui dire de se taire et surtout de ne plus me toucher, mais je subissais ce contact, et ne voulais pas pleurer. Rassemblés dans le salon, elle nous décrivait le déroulement de la journée : Nous devions être forts, être grands, le chagrin de maman ne devait pas être alourdi par le nôtre. Elle nous envoyait dans le bain pour un récurage complet, comme si tout ce malheur pouvait être adouci par un savon crème ou un shampooing aux senteurs de la prairie ou aux huiles de chèvrefeuille. Au retour de maman, enfant obéissante, pas une larme ne coulait de mes yeux, pas un mot non plus ne sortait de ma bouche : de toute façon… La vie est ainsi faite ou plutôt la mort qu’elle arrête tout pendant un instant. Le cul planté sur ma chaise, inerte, dans cette fichue cuisine, finalement tout était comme avant sauf que maman pleurait fort, papa était présent, peut être dans sa chambre ? Et puis il fallait bien penser à faire manger les enfants, n’est-ce pas ? La fourchette à la main, il fallait s’emplir le ventre pour ne pas accabler davantage maman : obéir, obéir, ne pas crier « c’est pas juste » ! Bouffez l’assiette, le verre, la panière par les deux bouts si ça vous chante, mais fichez-moi la paix, j’en crève de ce silence, j’enrage de n’être qu’une enfant et de ne pas avoir le droit au chagrin ! Je voulais qu’il vive, je voulais qu’on me dise les choses, qu’on me dise que j’avais fait ce qu’il fallait, que je lui aie suffisamment montré mon amour, je voulais qu’on me mente. Mais ce n’était pas le moment, mais quand ? Il fallut plusieurs années pour que, grappillant quelques infos par-ci par-là, je découvre cet homme qui avait passé presque quatre ans dans la pièce à coté sans que je n’aie de contact avec lui : homme silencieux il vécut, au grand dam de ma mère ; dans le silence il mourut, dans la blancheur d’une chambre d’hôpital, dans un dernier souffle, léger comme pour ne pas déranger. Tout droits réservés - copyright 2008 ©http://lepaginaire.o-n.fr Reproduction et modification interdites.
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