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Un jour, une place

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Un jour, une place

 

Dans le petit village du nord Ardèche qui m’a ouvert les bras voilà cinq ans déjà, tout est calme en ce soir de juin.

Loin du brouhaha des ateliers d’usine de la ville voisine, loin de la cohue des grande surface, une seconde journée, plus paisible, plus agréable démarre à l’heure ou le soleil descend à peine sur l’horizon.

Les femmes se sont changées, elles ont troqués leur tenue de travail contre une petite robe légère.

Les hommes ont enfilé leur short, le plus vieux de leur tiroir. Mais que voulez vous ? C’est de celui là dont ils ont besoin pour être à l’aise.

Ils s’avancent à l’apéritif où lustre, comme ceux là par exemple leur jeu de boules.

Sur la place des noyers au centre du village, ils organisent des tournois, plaisantent beaucoup et boivent un peu.

Moi je me tiens debout, comme d’habitude à l’entrée sud de la place. Et j’attends la mistinguette.

            Mais qui est cette mistinguette attendue ? C’est tout simplement mon chien guide d’aveugle.

Les deux mains en appui sur le pommeau de ma canne blanche, je tripote nerveusement la dragonne histoire de me donner une contenance. J’attends et j’écoute.

 

Sur un banc encore ensoleillé, deux mamies   papottent .Le sujet de leur conversation ?  Le même que celui d’hier ou d’avant-hier : elles parlent du temps qu’il fait et du temps d’avant. « -vous vous rendez compte, l’orage de dimanche a tout arraché dans les jardins.  Les salades et les tomates sont toutes piquées c’est affreux.  Malgré les trombes d’eau les champs ont soif. C’est le vent, il assèche tout.  Hier c’était terrible, les volets claquaient si fort que j’ai du tout bloquer et j’ai attendu que ça passe … . Je n’étais pas tranquille. Ah ça non pas tranquille du tout ! Je n’en n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Ce mistral va me rendre folle !»Dit l’une d’elle.

J’estime maintenant que la miss a largement eu le temps de faire ses besoins. Je la rappelle.

-Saké !

-Saké ! 

Ce soir, ma voix est claire. Elle porte loin sur la place et au-delà.  Devant moi, à quelques enjambées les boulistes profitent malgré eux de mes vocalises aigües.

Les conversations stoppent à chacun de mes appels. Je suis navrée de troubler ainsi leur détente mais je n’ai pas le choix. Je poursuis donc.

-Saké, aux pieds ma belle !

            Mais la coquine n’a pas l’air de vouloir rentrer. Elle se promène sans doute de ci de là à renifler des trésors de cochonneries.

 Les regards se posent sur moi, je le sens, je le sais.

-Il est parti ! Me dit l’un des joueurs de boules. Je continue mes rappels. Je crie plus fort encore.

Au loin, la clochette de ma chienne carillonne gaiement. J’en déduis qu’elle me rejoint au pas de course.

A ma grande surprise Les boulistes se mettent à l’encourager.

-Allez, Saké !  Plus vite ! Dépêches toi !

Tous en cœur ils crient, se tapent les cuisses. Plus ils crient plus le grelot tinte et se rapproche. La chienne a pris de la vitesse, les encouragements la stimulent. Allez, allez Saké ! 

 Mon imagination s’abandonne aux circonstances. L’inspiration du moment sera du domaine cinématographique.  Je vois une haie d’honneur de part et d’autre de la championne. La foule en délire lève les bras. Elle acclame ainsi la performance.

Les voix sont pleines de joie. L’ambiance est chaude, fabuleuse comme dans les tribunes d’un stade de foot après la victoire de l’équipe outsider.

 J’imagine même un ralenti : l’animal court la gueule ouverte, ses poils noirs et ondulés sont plaqués en arrière.

Un gros plan sur les supporters me montre le mouvement de leur bouche.  Mais aucun son n’est audible. Ce silence accentue le coté majestueux de l’instant.

Je me baisse pour accueillir l’héroïne. Mais elle a pris trop d’élan et ne peut freiner sa course. Au lieu de s’arrêter comme d’ordinaire, à mes pieds,   elle me dépasse allègrement. Je me retrouve penchée en avant, les fesses pointées vers l’arrière, Mon bras est tendu. Mes doigts tiennent ouvert le mousqueton de la lesse.  .

Mais toujours pas de chien réceptionné !

Saké me tourne autour, elle est heureuse semble-t- il d’être sous les feux des projecteurs. Son   souffle est chaud et sa respiration saccadée. Sa queue remue dans tous les sens tel un métronome fou. Elle espère que le jeu va se poursuivre avec pourquoi pas, un lancer de bâton. Mais j’attrape son collier, Je fixe sa laisse, Je la caresse un moment et lui ordonne de me guider jusqu’à la maison.

Politesse et reconnaissance obligent, je lance un large sourire en direction des boulistes les remerciant ainsi de leur aimable participation, de leur brillante figuration. Sans eux pas de court métrage !    

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