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Arrêter la lecture : Chemin de traverse
«Hola mi caro Richard,
Soy la mujer quièn balla el flamenco esperando su matador del ordenador! Me necessito su ayudad , por favor no me queda sola mas tiempo.»
En écrivant ces mots espagnols, Sabrina savait très bien qu’elle exciterait la curiosité de son interlocuteur. Elle attirait ainsi l’attention sur elle tout en cultivant un certain mystère. Rien n’était prémédité chez elle. Rien n’était calculé. Non elle faisait cela sans y penser et prenait beaucoup de plaisir à voir évoluer ses relations avec un nouvel ami. La jeune femme patientait quelques heures après l’envoi de son message. Durant ce temps elle imaginait un tas de choses : elle voyait le jeune homme courir dans la librairie la plus proche afin d’acheter un dictionnaire français -espagnol. Elle le voyait maintenant assis derrière son bureau en train de se creuser les méninges à la recherche d’un sens acceptable à ces quelques mots. Dans sa main droite, un crayon mâchonné à l’extrémité, dans la main gauche, une gomme rose. Forcément rose la gomme pour le crayon ! Et puis comme un mauvais élève le jeune homme chercherait à tricher. Il chercherait, parmi ses connaissances qui saurait faire pour lui ce devoir de traduction. Mais non personne ! L’heure du souper n’était plus loin maintenant, elle décidait de renchérir en mailant son ami internaute une seconde fois:
«Quel homme cruel vous faites ! Une pauvre femme aux aboie ne vous fait pas craquer! Mais où va le monde?! J’ai décidé de vous distraire un peu de vos occupations laborieuses. Je vous conte ci après une petite histoire. J’étais furieuse ce dimanche, oui le mot n’est pas trop fort. Ce week-end je faisais tranquillement mon courrier et voilà que mon salon se trouve envahi de tout un tas de types. Je ne sais comment tous ces hommes ont obtenu mon adresse, je ne sais s’il se sont donnés le mot pour arriver tous en même temps. J’ignore aussi comment ils ont fait pour pénétrer chez moi sans faire de bruit. Toujours est il qu’ils étaient là sans que je les aie invités. Il y avait le TIP de la société des eaux Il était tout nu parce que tout mouillé. J’apercevais juste derrière lui le TIP de l’électricité. Le deuxième avait l'air de faire la gueule au premier. C'est bien connu l'eau et l'électricité ne peuvent pas se sentir. Le TIP des télécoms était là lui aussi, et je peux même dire que c’était le plus pénible des trois. Il n'arrêtait pas de coller le TIP de l’électricité. Il répétait sans cesse la même chose, il insistait lourdement :"j'ai besoin de toi, laisses toi faire, je veux juste me brancher :" criait-il. Quelle cacophonie! Ca a fait ni une ni deux, je leur ai collé un timbre sur le bout du nez et je les ai envoyé se faire voir ailleurs, non mais !»
Sabrina riait toujours de ses plaisanteries. Tout en cliquant sur le bouton envoyé elle affichait un large sourire. Elle irait se coucher heureuse d’avoir intrigué quelqu’un aujourd’hui. Mais pour le moment l’apéritif s’imposait à elle comme son petit rituel estival. Installée confortablement sur le sofa du salon elle laissait tomber dans son jus d’orange deux petits glaçons. Dans le jardin d’à coté, des enfants jouaient à chat perché lui semblait-il. En ce soir de juillet il n’y avait plus de contrainte horaire pour les minots. Une odeur de fumée pénétrait la maison, un barbecue sans doute. Seule, assise devant sa table basse La jeune femme laissait aller ses pensées. Son esprit partait un peu dans tous les sens mais après tout ça lui passait le temps. Et cela ne dérangeait personne. -Il s’appelle Richard, il a, c’est certain de l’humour. Avec un prénom pareil c’est évident. Mais au fait ! Qu’est il devenu cet autre Richard, celui de ma jeunesse ? Se demandait elle. Il n’était pas beau mais quel charme ! Oui quel charme ! Et son nom de famille c’était quoi déjà ? Bou… bou quelque chose mais Bou quoi ? Elle rebaptisait son richard d’avant : -tu étais plein de fougue, Tu étais plein de vie alors je te renomme Richard Bout en train. Et voilà l’affaire est dans le sac, pesée adjugée vendue ! Sabrina venait de réfléchir à voix haute, ça lui arrivait de temps en temps. Cela l’aidait expliquait-elle ! Bien oui ce n’est pas toujours facile de retrouver un souvenir lointain ou la date précise d’un événement. La tache se révèle plus ardue encore lorsque votre vie est monotone , ordinaire et routinière. La tache est quasi impossible lorsque ce jour ressemble à hier et que demain sera comme aujourd’hui ! Alors comment avoir des repères flagrants dans de telles conditions ? La jeune femme ne mettait pas sur le bord de la fenêtre du pain pour les moineaux comme dans la chanson de Jean-Jacques Goldman, elle ne vivait pas sa vie par procuration non plus mais parfois elle pensait qu’elle n’en était pas loin. Quand de telles pensées sombres lui venaient en tête Sabrina les chassait très vite et se concentrait sur le petit plaisir du moment : là en occurrence c’était son apéro et sa paille. Sabrina aspirait fortement sur la tige de plastique mais plus rien ne montait dans le tube. Elle s’amusa alors à souffler un grand coup. Quelques goûtes giclèrent du verre. -Quelle gamine tu fais ma pauvre ! S’exclamait-elle. Elle pouffait de rire . Elle attrapait quelques cacahuettes dans la jolie soucoupe, les portait à sa bouche. Le trou du dimanche est hélas ouvert les autres jours aussi! Une toux la secouait maintenant. Le visage de la jeune femme devenait blême. Elle se frappait la poitrine, mettait ses doigt dans sa gorge. Mais rien à faire la cacahuette restait coincée. Le vertige s’amplifiait… Dans le bureau, au fond du couloir de la maisonnette, l’ordinateur tournait. Dans la pénombre de la pièce l’écran affichait des dizaines et des dizaines pour ne pas dire des centaines de mails revenus en erreur. Le corps du message était toujours le même : désolé, richardcypres tchatnuméro1.fr n’existe pas. Mauvaise adresse, utilisateur inconnu. Tout droits réservés - copyright 2008 ©http://lepaginaire.o-n.fr Reproduction et modification interdites.
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