|
| Remerciements | |||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
|
Premier jour de congé | Premier jour de congé |
|
Arrêter la lecture : Premier jour de congé La journée avait été spéciale dès les premières heures du matin, Une de ces journées transitoires, celle ou l’on a encore un peu la tête dans les soucis du boulot et déjà un pied dans les vacances. J’avais été réveillée vers six heures comme d’habitude par le radio-réveil. Je sais, c’est idiot mais la veille j’avais oublié d’en désactiver l’alarme. Violemment, j’avais envoyé ma main sur l’appareil puis je m’étais rendormie, décidée à traîner dans mon lit jusqu’à point d’heure. Le soleil filtrait au travers des persiennes et zébrait abondamment la pièce lorsque je décidais de mettre un pied à terre. Je buvais mon petit café vite fait dans la cuisine puis j’allais m’asseoir sur le canapé dans le salon. Je restais là un moment désemparée : c’est bien beau de se réjouir d’être en congé mais que vais-je faire de tout ce temps ? Bécaud avait raison, Bécaud et tant d’autres aussi. Seul, sans lui, que sera ma vie ? Le temps n’a plus aucun sens, il est cruel, vain et creux. Je me trouvais nulle, tellement nulle de ne pas savoir profiter de ces minutes, de ces heures à venir sans contraintes, sans obligations, sans personne à qui rendre des comptes. « Il faut te bouger un peu ma petite, te mettre un petit coup de pieds au cul et après tu verras ça ira mieux. » Je m’entendais parler toute seule, assise sur mon canapé et je me disais : « Tiens il faut encore que tu parles comme lui, Eric disait ça aussi : un petit coup de pied au cul comme s’il voulait amoindrir le côté brutal de son expression en ajoutant l’adjectif « petit ». ». Pour le taquiner je lui répondait toujours : « Encore faut-il prendre en compte la pointure de la chaussure qui enserre le dit pied mon chéri. Et là tout est changé dans l’impact du fameux coup. Reste ensuite à prendre en considération la taille mais aussi la forme des fesses qui vont le recevoir. Enfin je terminerai par le fait que la longueur de la jambe du donneur de coup accentuera d’autant la vitesse et la force de frappe. » Il répondait, souriant : « laisses tomber tes calculs savants, tu vas vite comprendre si je passe à la pratique sur ton beau petit postérieur ». Il avait ce coté pratique, concret et simple qu’ont les hommes qui ne s’embarrassent pas de théorie. Dans l’intimité, je ne m’en plaignais pas, au contraire, j’en redemandais. « Tu as raison, mon cœur, la vie est courte, donnes-moi du concret, du palpable ». Il m’interrompait, posant sa main sur ma bouche. « Tais toi ma belle ». Je faisais mine de vouloir poursuivre mon laïus et commençais à mordiller ses doigts. Il laissait alors aller sa main libre sur mon corps, lentement. Il cherchait à se faufiler sous mes vêtements. Sa main longue et chaude me caressait un moment puis rejointe par son autre main se fixait sur ma taille. A ce moment là je savais ce qu’il attendait de moi : je donnais donc une petite impulsion et il me soulevait d’un seul coup d’un seul. J’écartais alors les jambes et me retrouvais assise sur ses hanches. J’entourais son cou de mes bras. J’approchais ma bouche de son oreille et je lui chuchotais en rigolant. « J’ai le droit de parler maintenant ? Veux tu que je t’explique la théorie de Platon et de sa caverne ? »Je pouffais de rire souvent. Lui, selon notre petit rituel de couple qui se connaît bien me chuchotait en retour : « Non désolé mais ce n’est plus l’heure de parler, tu pourras uniquement hurler ton plaisir ». Ce temps là ne pouvait pas être révolu. Je ne le laisserais pas faire, je ne pouvais et ne voulais pas le laisser décider pour nous deux. Le jour de notre séparation Eric avait simplement dit, de sa voix cassée : « arrêtes de rêver, regardes la réalité en face, il n’y a plus de nous désormais. Il y a les aléas de la vie, les sorties de route et les crashes ». Il avait ensuite rajouté qu’il ne voulait plus me voir et d’un geste de la main m’avait fait comprendre que la conversation était close, que je devais me plier à sa logique. Sur le seuil de la porte, avant de quitter la pièce, j’avais regardé par-dessus mon épaule. Eric était assis devant la fenêtre, le regard vide, la mâchoire crispée. Les branches du vieux chêne de l’allée du parc ombraient sa chemise blanche immaculée. J’avais attendu tout un mois avant de passer outre son interdiction. S’il ne m’ouvrait plus son cœur au moins me permettrait-il de rester à ses cotés durant quelques heures. Je ne chercherai pas à le faire changer d’avis, je ne tenterai même pas d’engager une conversation si tel était son souhait, je resterai là silencieuse auprès de lui. Et sa seule présence me suffirait, j’en étais sure. Cet après midi là, celui de mon premier jour de congé depuis bien longtemps, j'allais le lui consacrer entièrement. Depuis notre séparation, j'avais dû tout prendre en charge. Les factures n’allaient pas attendre que je règle mes problèmes de couple. J’avais multiplié les heures supplémentaires. Je ne me plaignais pas, cela m’occupait l’esprit et renflouait les comptes. Certains jours je me disais que si lui ne voulait plus de moi, il était bien difficile, d’autres ne feraient pas tant la fine bouche ! Et puis merde après tout j’étais jeune, je n’allais pas le supplier ad vitam æternam. Mais si on me faisait des avances, si l’on me courtisait à l’occasion de tel ou tel repas d’affaire mon cœur oeuvrerait. Il oeuvrerait à faire revivre mes souvenirs. Il me ramenait dans le passé, quelques mois auparavant, au temps de l’amour fou. Mes prétendants d’un soir voyaient alors réapparaître la professionnelle qu’ils avaient invitée à dîner en pensant la mettre dans leur lit. Ils voyaient s’effacer leur hypothétique conquête au profit de l’assistante de direction. Je replaçais très vite la conversation uniquement sur le plan boulot et rien d’autre. Une froideur extérieure les stoppait net alors qu’à l’intérieur rejaillissaient la chaleur et la fougue de mes amours torrides avec Eric
Donc cet après midi là j’allais le passer auprès de mon cher et tendre, même s’il n’avait plus rien de tendre .Je faisais comme d’habitude. Je me faisais belle. Il ne me regardait plus mais cela ne faisait rien, enfin je faisais comme si cela ne me blessait pas. Pourtant qu’est-ce que cela me manquait ! Sentir son regard posé sur moi, sur mes jambes, sur mes fesses, sentir monter son désir. Je forçais un peu la dose sur le parfum, le temps du trajet il s’estomperait. Il resterait juste ce qu’il faut sur ma peau. Discrétion et féminité voilà ce qui plaisait à Eric. Il fallait donc lui en proposer. Lors de ma visite précédente, J’avais même placé dans la poche de sa veste de pyjama un mouchoir imprégné de ce Muguet de Chez Dior qu’il m’avait offert pour mon anniversaire. Les femmes ont des petites ruses pour qu’on ne les range pas au placard trop vite. Non le temps de l’amour n’était pas révolu, je me le répétais lorsque je roulais pour aller le voir. Je ne pourrais pas le toucher mais tant pis. Non le temps de l’amour n’était pas révolu, je me répétais cette phrase comme si le seul fait de la prononcer à voix haute pouvait changer le cours des choses. Le temps des ballades, des week-end langoureux, des engueulades pour des bricoles, le temps des réconciliations sur l’oreiller, tout cela allait revenir. Peut-être un peu différemment, Quelques compromis seraient nécessaires et des adaptations indispensables. Nous avions changé, forcément après tout ça et je me disais que ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort alors pourquoi tout ficher par terre sans essayer de sauver les meubles. J’avais été patiente, je saurais l’être encore. J’arrivais auprès de mon mari, lequel ne prit même pas la peine de répondre lorsque je toquais à sa porte. J’abaissais la poignée et j’entrais dans la pièce surchauffée le sourire aux lèvres afin de le saluer le plus gaiement possible. Ne jamais montrer mon abattement, mon découragement. Les hommes détestent les femmes qui font la gueule. Je ne sais ce qui me passa par la tête à cet instant. Au lieu de m’asseoir gentiment dans le fauteuil qui m’était désormais réservé lors de mes visites, je m’approchais de lui me baissait doucement et lui fis un tout petit baiser lequel claqua sur le coin de ses lèvres. « Joli cou« lui chuchotais-je alors d’une voix chaude. C’était ainsi qu’il m’avait abordé, la première fois. Technique de dragueur macho ou pari stupide entre mecs ? Assise à la terrasse d’un café, je sirotais un citron pressé. Les cheveux relevés négligemment en chignon je m’éventais à l’aide d’un magazine que j’avais attrapé sur la table d’a coté. Lorsque ses lèvres avaient claqué sur ma joue, il avait récolté une rafale de coups de magasine sur la tête. Il avait eu juste le temps de me glisser à l’oreille : « Très joli cou ! ». La vie entre nous se résumait donc à cela ? Des coups : un joli cou, un coup sur la tête, un petit coup de pied au cul, des coups de gueules parfois, des coups du sort aux ondes de choc dévastatrices. Un jour, je m’en souviens dans les moindres détails parce que nous venions de faire l’amour en pleine nature, près d’une rivière glacée, il m’avait dit songeur : » Tu sais ma puce, le bonheur se paie toujours au centuple. Lorsque la vie nous présentera la note mon cœur on va douiller c’est certain. » Le moment était donc venu de régler l’addition ? Mon petit baiser avait illuminé un instant ses yeux. Il secoua la tête me faisant comprendre qu’il ne voulait pas rentrer dans mon petit jeu du « tu te souviens comme c’était bien ? ». Il ne dit mot mais une larme coula le long de sa joue. C’était la première fois que je le voyais pleurer. Il tourna la tête de l’autre coté. Je fis le tour de son fauteuil et me postait juste devant lui. De mes deux mains je saisissais son visage. Il attrapa mes poignées, et tenta de se dégager puis il se laissa faire. Je glissais alors mes doigts dans ses cheveux. Je plaquais ensuite fortement son visage contre mon ventre chaud. « Je ne peux plus ! Je ne pourrais jamais plus ! Tu ne veux donc pas comprendre ? « Dit-il dans un sanglot. « Je ne suis plus l’homme que tu as aimé, je ne suis plus l’homme de personne». Chut ! Lui répondais-je doucement. On va tout recommencer, tout réapprendre je te le promets, on va faire des travaux à la maison, on va tout changer, tout adapter ! On va repartir à zéro et tu verras un jour ton fauteuil roulant ne sera plus un obstacle entre nous.… Tout droits réservés - copyright 2008 ©http://lepaginaire.o-n.fr Reproduction et modification interdites.
Commenter |
||||||||||||||||