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Le moral à zéro

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Le moral à zéro

 Je n’ai pas de chance. En disant ceci je donne tout de suite le ton de ce que vous allez  lire ; mais comment dire autrement dans mon cas ?

     Je suis né il y a fort longtemps, dans  un pays chaud bordé par la mer, le sable blanc, les dunes : tout semblait réuni pour d’agréables moments.

 

     Mais je n’ai pas de chance du tout :je suis petit, gros, rond, et quand je dis rond ce n’est  que vérité, tellement rond qu’on dirait que  je n’ai ni bras ni jambe, une boule, une grosse boule.  Et comme  si une tare ne suffisait pas j’ai de sérieux problèmes de peau, toujours rouge des pieds jusqu’à la tête : au début je croyais que c’était passager, que c’était de l’acné juvénile mais  en fait les ans ont passé, les gommages successifs n’y ont rien changé, et pour tout dire je  manque en plus de courage.Je n’ai pu me lancer dans le peeling conseillé par mon dermatologue. Maman me disait toujours, tu verras la vie n’est pas facile, les autres peuvent être cruels.

 

     Faudrait toujours écouter sa maman.

 

      Pourquoi et comment peut on être si différents de ses parents ? Maman est  si belle,  si douce. Elle est très très jolie  croyez moi car son corps dessine de belles rondeurs et sa taille de guêpe les met en valeur.  Maman respire la joie et la féminité. Un huitain ne suffirait pas pour vous parler d’elle correctement ; mon amour pour elle est sans limite. Lorsqu’elle s’allonge, je la regarde  et je me demande toujours: est ce dieu possible d’être infiniment belle  à ce point? Tout le monde l’adore. Elle ne  craint pas la solitude tandis que moi !

 

     Seul je ne vaux rien, seul je ne suis rien.

Oh j’ai bien trouvé des gens comme moi, j’ai essayé de me sentir bien en leur compagnie mais l’impression était  pire : nous formions un groupe de rien, un groupe sans valeur.

J’ai tenté aussi de me faire très discret afin que l’on m’oublie : pour ce faire je me suis  serré le plus possible vers le mur de droite, mais non j’étais toujours là visible.Je me suis rapproché à gauche du fossé, au bord, tout au bord mais je n’ai pu y rester j’ai le vertige.

J’ai changé de technique. Je me suis recentré et j’ai réfléchi longtemps : que pourrais tu faire pour changer le regard des autres sur toi. La seule réponse qui m’est venue fut la suivante : et si tu changeais de classe sociale ? Et si l’on t’aimait davantage parce que ton portefeuille est mieux garni?

     Mais comment change t-on de  rang ? Par le travail bien sur, mais c’est très long, il faut faire carrière et moi je ne m’en sentais pas le courage, j’avais besoin d’une solution rapide et efficace.

     Alors j’ai songé au mariage, oui trouver un bon parti : ainsi j’ai tenté de  m’accoquiner avec l’un ou l’autre mais le résultat fut en demi teinte. Je m’explique : tant que j’étais aux bras de   quelqu’un d’important on me respectais, on me choyait. Mais si je m’exposais seul, si je tentais de m’assumer en tant que moi fier et indépendant : on me montrait du doigt, on se moquait de moi. On me citait en exemple, ou plutôt en contre exemple. J’ai parfois entendu cette phrase assassine : quel malheur !  Il a touché le fond celui là ! 

     Certains  trop honteux de m’avoir à leur coté ont même cherché à me déguiser : un chapeau par ci, un trait de maquillage en smiley  par devant : mais la supercherie  était vite découverte et  les sarcasmes reprenaient de plus belle.

 

Pas facile d’être un zéro pointé inscrit dans la marge d’une  mauvaise copie !

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