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Le fin voile

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Le fin voile

 

 

Le bébé n’a que six ou huit mois, pas davantage.

Il est  langé, enveloppé dans un petit linge  mais on l’a abandonné seul, au milieu de nulle part, dans un lieu recouvert de neige épaisse. Il pleure, de

plus en plus fort car il a froid, très froid.

La porte d’une maison  s’entrouvre alors, laissant paraître une dame mystérieuse. Alertée par les cris, elle scrute l’horizon. Elle aperçoit  le nourrisson et s’avance  dans la masse froide,  d’un pas tranquille et sûr.  Elle va le chercher.

Une douzaine de marches d’escalier, en marbre peut-être les séparent maintenant du perron et de la porte laissée ouverte.

Là règne une bonne chaleur.

Elle dépose le nourrisson  au pied d’un énorme puits.  Ce puits  ne renferme pas d’eau c’est un foyer où brûlent  des bûches d’au moins un mètre de long

et trente à quarante centimètres de diamètre.

La dame ne dit  pas un mot, elle s’en va, laissant  l’enfant seul près de l’énorme cheminée.

Il se réchauffe petit à petit, se sent mieux, ses pleurs cessent un instant puis reprennent car sa température est maintenant trop élevée. Il a trop chaud, bien trop chaud. Il se met à transpirer, à suffoquer.

Le mur de droite s’ouvre soudain.  Un géant de pierres  apparaît et se baisse au dessus du nourrisson pour le prendre.

Il se dirige vers l’ouverture  d’où il est apparu plus tôt.

Là une plateforme   s’ébranle et les emmène doucement sept étages plus bas.

Le décor à ce niveau est tout autre, mélange de jungle  africaine et de forêt française.  Les chênes côtoient  les cocotiers ; les buissons d’aubépine habillent les palmiers et de nombreuses lianes pendent des uns aux autres.

Au milieu de ces arbres, le nourrisson a maintenant 22 ans

     Plus de bonhomme de pierres, il est parti et il ne le reverra  plus.

 

Le jeune homme est là dans cette forêt et il se demande ce qu’il y fait.

Pourquoi est-il là ?  Qui est-il ?

          Il a l’impression que sa mémoire  se désagrège, que son cerveau se dissous,  et que  sa tête va finir par ressembler à une boite vide.

     Il regarde autour de lui, ressent comme un danger, comme si des bêtes fauves  allaient venir l’attaquer. Il pense aux loups, aux serpents. Il doit absolument se protéger .    Il repère alors quatre arbres, pas très gros mais assez grands  lesquels sont disposés en carré.

Il  se saisit de lianes, bien longues et bien robustes. Puis il commence à faire le tour de son carré d’arbres. Il  veux bâtir une cabane suffisamment haute

pour se protéger.

Il travaille dur à son ouvrage car il a  tellement peur, il craint le pire

Il a si peur qu’il noue, lie, tresse ses lianes pour fabriquer sa maison suspendue. Il va d’est en ouest, du nord au sud, scandant douze fois son nom, prénom,

date et lieu de naissance. C’est une histoire de vie ou de mort. Il le sait . Il sait  aussi qu’il ne doit pas s’endormir, ne  doit pas lâcher prise . Il ne  veux pas être aspirer dans le trou noir infini. Où cela l’emmènerait il ? Pourrait-il jamais

en revenir ?

  Et le trouble  s’installe, comme un épais brouillard, alors qu’au loin  la lumière l’appelle.

Dans le service des urgences, l’équipe médicale s’affaire autour de l’ambulance ;l e jeune homme inanimé s’est vidé de son sang lors de l’accident de voiture.

On le perfuse immédiatement. Il est temps, juste temps car il ne lui reste dans les veines  que très peu de sang. Encore  quelques centilitres de perdus et le cœur s’arrête.

Mais le sang transmis n’est pas le bon, ne correspond pas au groupe sanguin du jeune homme.

Il a froid, si froid. Sa température descend jusqu’à 32 degrés. Rapidement, on entasse sur lui un maximum de couverture, même une chauffante.

Il l’a échappé belle, son corps se réchauffe petit à petit, il se sent un peu mieux. Puis le malaise  revient  très vite car maintenant il a chaud, trop chaud. Sa température s’emballe, ne cesse de grimper s’élevant jusqu’à 41 degrés.

L’équipe médicale s’affaire toujours. On le déshabille alors le laissant nu sur le lit. Seul un drap masque un peu son intimité.

Le jeune homme est très agité. Deux infirmières sont là pour le contenir. L’une le maintient sur le dos pendant que l’autre le sangles. Des lanières maintenant recouvrent son torse, son bassin et ses jambes, l’immobilisant enfin. Des barrières sont aussi placées de part et d’autre du lit, pour le protéger, pour sa sécurité.

Les urgentistes craignent le pire. Le jeune homme aussi, il a peur, si peur et dans sa tête le trouble   s’installe comme un épais brouillard alors qu’au loin cette lumière l’appelle.

Le monde du coma est un monde vaporeux,  un monde étrange,  un monde parallèle à celui de la réalité.

Il se situe juste là derrière un rideau,  derrière un fin voile.

 

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