|
| Remerciements | |||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
|
Un systême solaire | Un systême solaire |
|
Arrêter la nouvelle :
Un systême solaire
La serveuse n’est pas gracieuse. Lorsqu’ils s’avancent à la porte du restaurant elle est en train de débarrasser une table. La salle est vide de clients, il est plus de deux heure de l’après midi. Elle lève les yeux sur le couple de motards, casques aux bras qui lui dit bonjour : - Bonjour, est-ce qu’on peux encore déjeuner ? Demande Thierry.
La serveuse lâche sa balayette à nappe, et sans un mot disparaît dans l’arrière salle, sans doute en cuisine. Le couple se regarde. -HOU HOU, ce n’est pas gagné ! Chuchote Rachel -Non pas gagné, confirme Thierry. La serveuse reparait, grimace collée sur le visage. Elle vient leur dire qu’à cette heure avancée, le cuisinier a rangé ses casseroles et qu’il ne peut leur proposer que des sandwichs . -Et vous devrez les manger en terrasse, moi je dois finir de nettoyer la salle.
Thierry décide pour deux et se dirigeant vers la terrasse répond. -Ça ira très bien pour nous.Et il dit vrai, en tout cas pour lui parce que à chaque sortie moto, à chaque halt qu’il est amené à faire, il s’organise pour garder un œil sur sa Harley. Donc au restaurant, il choisit toujours une table en terrasse. Qu’il fasse trop chaud, qu’il y ai trop de monde et de bruit, qu’il faille attendre plus longtemps pour être servi, peu importe c’est en terrasse qu’il s’installe toujours. Il a bien mis à sa moto une énorme chaîne, un cadnas tout aussi énorme mais il ne veut quand même pas la perdre des yeux. Non qu’il craigne qu’on la lui vole, quoique il doit y avoir un peu de ça aussi, mais surtout il aime bien aller parler avec ceux qui tombent en admiration devant son engin. C’est fou ça, certaines choses délient les langues, les enfants dans les poussettes, les chiens aussi les belles voitures et les belles motos. Thierry arbore dans ces moments là un magnifique sourire qui lui mange le visage tout entier. La fierté se lis toujours sur ses traits marqués et sa timidité disparaît comme par enchantement. La fierté de quoi ? La fiéreté d’avoir ? De posséder quelque chose que les autres n’ont pas ? Peut-être bien que oui peut-être bien que non ! Rachel ne comprend pas. Elle a essayé, il y a longtemps de se mettre à sa place, de penser à une chose dont elle serait fière. Mais en dehors d’une maison que l’on aurait bâti de ses propres mains à la sueur de son front, année après année, se serrant la ceinture bien des fois afin de pouvoir mener son projet jusqu’au bout. Non vraiment comme objet , comme bien matériel elle ne comprenait pas. On peux être fière d’un courage, d’une histoire, d’une réaction, d’une progression personnelle, mais pas d’une moto. Rachel se disait alors que Vénus et mars sont certes dans le même système solaire, que si les hommes viennent de Mars et que les femmes viennent de Vénus , elles sont trop différentes. Face à son martien du jour c'est-à-dire Thierry, la jeune femme pense , ou plutôt elle imagine un tribunal. Le lieu n’a rien d’un tribunal mais elle sait que s’en est un à cause de l’être qui se tient assis derrière un bureau lequel est en apesanteur dans l’espace. Elle aperçoit dans sa main droite un marteau et devant lui une balance, celle de la justice forcément. pas de greffier, pas d’avocats, pas de publique, seules deux personnes sont présentes, les protagonistes. Mars à gauche lequel a apporté son bouclier et sa lance. Apparemment il n’a rien compris de ce qu’il est possible de faire dans un tribunal. A droite, Vénus, souriante et pouponnée. Elle non plus n’a rien compris, on dirait qu’elle est prête pour aller danser.
Thierry est concentré, il croque à pleines dents dans son énorme sandwich, énorme Panbania bien long et bien dodu. Faut dire qu’il a vraiment très faim. Et là peut-être pourrait-on lui voler sa moto qu’il ne s’en apercevrait même pas. Il n’entendrait pas le bruit, reconnaissable entre tous de sa Harley qu’un inconnu démarrerait. C’est dire qu’il ne se rend pas compte que Rachel, sa compagne de table est partie quelque part entre Vénus Mars et un juge pour un procès au combien fascinant. Rachel sent bien qu’il y a quelque chose qui cloche dans son imagination, elle confond les planètes, les dieux et les déesses . Mais ça ne fait rien. se dit-elle, Elle est dans sa bulle, dans son petit délire, gentillet, il faut le préciser, rien à voir avec son délire oppressant de la nuit précédente. . Et puis elle n’a pas faim elle. Le juge lève le bras gauche, fait cogner plusieurs fois son marteau sur le bureau et prend la parole pour déclarer la séance ouverte : -Monsieur, Madame, nous sommes ici comme dans un cahier de doléances, non pour le plaisir de se plaindre mais pour faire avancer les choses pour qu’enfin les hommes représentés par la planète mars ici présente et les femmes représentées par Vénus ici présente également se comprennent enfin dans leur complexité et leurs différences. -Rien que ça !! se dit Rachel, on n’est pas sortis de l’auberge ! et si deux milles ans d’histoire n’ont pas suffit, ce n’est pas une séance en plein milieu de l’espace qui va éclaircir tout ça ! -Tu ne manges pas ? demande Thierry. -Hein quoi ? -Tu n’as même pas encore touché à ton sandwich, croques-en un peu au moins , si tu ne le fini pas je m’en chargerai moi, tu voudras un café après ? la jeune femme se dit rapidement : tiens en voici une de doléance. J’ai un appétit de moineau, et c’est même pire que ça en ce moment à cause de l’autre, de ce qu’il m’a fait , et de ce qu’on ne fera plus jamais ensemble bref, les hommes eux, ceux qu’elle connaît en tout cas engouffrent, dévorent peu importe les circonstances. Qu’il fasse beau dans leur ciel ou que l’orage gronde fort à faire trembler les fondations de la maison, ils passent à table avec entrain et appétit. Comment vous expliquez ça monsieur le juge ? -Hého Rachel tu m’entend ? Tu es partie ou là ? Demande Thierry. -Je n’ai pas faim tu peux le prendre si tu veux, dit-elle tout en poussant devant lui l’assiette sur laquelle est posé le sandwich. -Mais tu veux un café ou pas ? Redemande Thierry. -J’aimerais bien oui .elle sait que ce n’est pas raisonnable, que trop de caféine lui fiche toujours un horrible mal de crâne mais elle sait aussi que cet autre café lui donnera l’impression, l’impression seulement mais c’est déjà beaucoup , d’être moins fatiguée. Car à cet instant elle flanche, son corps flanche. Elle a un coup de barre. Serait ce le juge qui d’un geste malencontreux lui cogne l’intérieur de la tête ?
« Tout droits réservés - copyright 2008 ©http://lepaginaire.o-n.fr Reproduction et modification interdites. »
Commenter |
||||