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Le tour de clef

                             Le tour de clef 

 

                Nous n’avons pas été originaux  Jean-pierre. C’est le moins qu’on puisse dire : un homme, sa femme et sa maîtresse. Un trio si banal. Chaque histoire est différente cependant, et l’on peut, au sortir d’un ménage à trois, s’en trouver grandi ou anéanti. Moi, je veux croire, que pour vous le bénéfice de nos quelques mois d’aventure aura été important. L’eau a coulé sous les ponts depuis notre rupture et l’heure du bilan a sonné. Je m’autorise à parler à votre place parce que vous avez décidé de rester muet.

             Je suis arrivée dans votre vie à un moment où vous vous disiez -à quoi bon ? Pourquoi vivre encore ? En clair vous aviez besoin de redonner un sens à vos jours, un sens et une raison d'être à chaque chose et à chacun.

-Pourquoi je vis dans cette grande maison délabrée, cette ruine dans la montagne que je ne pourrai jamais remettre debout tellement les travaux sont importants et coûteux ? 

-Pourquoi je vis avec cette femme qui a vingt ans de plus que moi et pour qui je ne vibre plus depuis longtemps ?

-Pourquoi je supporte ma mère, sa possessivité, sa voix stridente, ses jacasseries et ses chiens sales ?

-Pourquoi je me tue au travail ?Moi, en tant qu'élément perturbateur, je vous ai servi à faire le point.  

       Je suis avec Edouarde parce qu'elle me protège, parce qu’elle s’occupe de moi,  parce qu'elle fait tout pour moi et à ma place. Je suis avec Edouarde parce qu'elle s'occupe très bien du quotidien ménager, qu’elle prend en charge tout ce qui m'effraie c'est-à-dire le quotidien administratif et surtout l'imprévu.

       J'habite dans cette grande maison à l'écart de tous parce que l'extérieur me semble tellement menaçant. J'y vis comme un reclus. Entre les quatre murs de ma chambre, je me sens comme dans une carapace, comme dans ma forteresse. 

        Je supporte ma mère et sa possessivité parce qu'elle m'aide financièrement. Je lui suis redevable. Oh, je sais bien qu’elle achète mon amour, qu’elle tente de rattraper le temps perdu, le temps de ma jeunesse où elle n’était jamais là !

Je me tiens à mon boulot tout d'abord parce qu'il m'occupe ensuite  parce qu’il m'éreinte. Je supporte les nombreuses heures de trajet pour m'y rendre parce qu’ainsi les journées sont bien remplies. Le soir, lorsque je rentre à la maison, il ne me reste plus qu'à manger un morceau, me doucher si j'en ai le courage et aller me coucher. Tout est organisé pour ne pas penser.Vous aviez besoin  Jean-pierre, de retrouver le pourquoi des choses qui font votre vie. Et vous vous disiez que si elle ne ressemble pas à celle dont vous aviez rêvé, elle est ainsi parce que votre survie en dépend. Et c'est comme cela que vous vivrez et c'est comme cela que vous survivrez jusqu'à la fin de vos jours, à l'abri de tout tourment, à l'abri de tout ressenti, comme un automate. Espérons que sur votre chemin, lorsque le moment se fera crucial, vous rencontrerez d'autres personnes comme moi pour redonner un tour de clef à votre mécanique. Car il est bien connu que les robots se grippent à intervalle régulier.Je ne vous dis pas :-rendez-vous dans dix ans, mais bonne route et courage au volant de votre maniaco dépression.   

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