PORTRAIT Depuis le concours « Nouvelles Plumes »Une non voyante se lance dans l’écriture Elle était à la réunion de présentation du recueil de « Nouvelles Plumes » de la Jeune Chambre Economique. Très heureuse d’être dans cette ambiance d’écrivains amateurs, même si sa nouvelle n’avait pas été sélectionnée. Malgré sa situation de non voyante, elle n’hésita pas à prendre la parole, à demander aux lauréats d’expliquer leur motivation, tout en expliquant sa position : « Ce concours m’a donné l’occasion d’écrire une première nouvelle et d’enclencher d’autres écrits. Depuis, j’ai publié sur Internet, certains sont enregistrés en audio et j’ai participé à d’autres concours. Je remercie beaucoup les organisateurs. » Un site de nouvellesOn peut en effet retrouver une trentaine de nouvelles d’Annie Wiblé sur son site lepaginaire.olympe-network.com. Du quotidien ou de l’imaginaire, du familial ou du social, du concret et de la réflexion. Les textes sont variés mais l’on y retrouve quand même un fond commun de personnalité : volontaire en tout cas, attachée à lutter avec les aléas de la vie, de façon à la fois enjouée et grave. Elle n’y fait pas particulièrement allusion à sa cécité, mais elle ne la cache pas non plus. En tout cas, c’est son handicap qui lui a donné l’idée de les enregistrer aussi en audio, avec sa propre voix d’ailleurs. « C’est ma fille lycéenne qui avait entrepris de participer au concours de nouvelles. Mais ses études lui ont pris trop de temps, et j’ai décidé de prendre à mon compte son projet. Puis j’en ai écrit d’autres, que j’ai fait lire à des proches. Je me suis mis à rêver d’être publiée, mais je trouvais trop dur de chercher un éditeur. J’ai alors rencontré Jean-Louis Blonde, qui édite et enregistre des textes pour déficients visuels. Il m’en a enregistré trois. J’ai ensuite continué sur mon propre site, avec l’aide d’un ami de ma fille. Le site est bien visité (plus de 2700 visites), mais peu de gens osent laisser un commentaire. J’ai par contre des échos sur les forums de déficients visuels. » Au moment de l’écriture, elle utilise un clavier d’ordinateur normal, sauf qu’il n’y a pas de moniteur et qu’une voix synthétique répète les lettres ou les phrases tapées qui s’inscriraient sur l’écran. Il en résulte parfois quelques problèmes de graphie ou de mise en page, mais le système semble globalement bien au point. Quant à sa passion, elle est toujours intacte : « je me régale, je m’amuse. Je sors ce que j’ai à sortir. Mon inspiration ne risque pas d’être tarie. » Pour son avenir à court ou moyen terme, elle n’a d’ailleurs qu’une préoccupation principale : « Maintenant, j’aimerais bien professionnaliser ma nouvelle passion… »François BASSAGETLégende photo : Annie Wiblé et son clavier informatique. L’écran devenu inutile est remplacé par une synthèse vocale. Repères.Annie Wiblé, née en 1967, a 41 ans aujourd’hui. A eu des problèmes de vision dans sa jeunesse et une cécité progressive. Non voyante depuis 10 ans. Habite à Davézieux. Publie régulièrement des nouvelles sur son site lepaginaire.olympe-network.com. Hors-texteUn handicap progressif« J’ai toujours eu un caractère fonceur, reconnaît Annie Wiblé. Mais quand j’ai su mon handicap, j’ai quand même accusé le coup. J’avais 19 ans, j’étais en fac de lettres modernes, quand on m’a diagnostiqué une dégénérescence des yeux : une rétinite pigmentaire. J’ai beaucoup pleuré, j’ai commencé à fumer, mais j’ai continué mon Deug. J’ai ensuite commencé des études de kiné, puis j’ai décidé de fonder une famille. Je n’ai pas regretté ce choix, mes deux filles ont pu profiter de leur mère et elles réussissent très bien à l’école. » Cela fait maintenant 10 ans qu’Annie a totalement perdu la vision : « Si cela était possible, bien sûr que je souhaiterais recouvrer la vue. Pour voir par exemple le changement de visage de mes filles. Il y a bien sûr des jours noirs, où rien ne fonctionne sans aide, et des lendemains où on réussit mieux. Mais mon handicap ne m’empêche pas de rencontrer des gens, sympa ou pas sympa, comme tout le monde. En ne voyant pas, on est moins distrait, je suis en permanence à l’intérieur de moi-même et à l’écoute de tout ce que je peux capter pour satisfaire ma curiosité naturelle. Je suis très attentive aux intonations, au choix des mots, aux discussions, aux gens. En société, des gens sont parfois maladroits en voulant être gentils : je sais quand même lacer mes chaussures et m’habiller seule ! mais ce n’est pas grave, à moi de leur sourire et de les mettre à l’aise» Portrait chinois: Si vous étiez…Une couleur ? Le rouge. Ma famille est d’origine espagnole, je suis brune, et le rouge est la dernière couleur que j’ai perçue.Un animal? Un chien, ou un chat, j’ai les deux à la maison.Un fruit? Le kiwi : c’est rigolo à dire et c’est bon.Une rue d'Annonay? La rue Franki Kramer. Il n’y a pas trop de voitures, elle tourne et elle est pavée, de façon irrégulière, comme dans l’ancien temps.Une devise? Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fasse.Un métier? Kiné. Le corps est fascinant.Un livre? Le mien, qui naîtra peut-être un jour.Une chanson? De Barbara, l’Aigle noir, c’est une chanson qui me parle beaucoup.Un film? Je ne suis pas très film. J’arrive à suivre les films à dialogue et les reportages, quand il n’y a pas trop d’action visuelle. Je n’aime pas les séries, j’ai l’impression qu’ils ont tous la même voix.Un instrument de musique? Le saxo et le violon, c’est pour moi les plus beaux.Un sport? La natation, j’ai adoré ça.Un pays? L’Espagne, pays de ma famille.Une planète? Vénus, celle des femmes.Une qualité? La joie de vivre.Un défaut? Je suis un peu trop audacieuse peut-être.Une saison? Le printemps. C’est le retour du soleil et de la chaleur. On retrouve les parfums, les senteurs, les oiseaux, les tontes des gazons et les arrosages. J’adore ça.
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