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Le prestige de l'uniforme
     

Le prestige de l’uniforme

   

La journée s’acheva sans que Carla n’eut l’impression d’avoir avancé dans son enquête criminelle. Elle avait lu et relu chacun des rapports sans en tirer le moindre indice, la moindre piste.

Exténuée, elle referma les dossiers et les mit sous clef dans le tiroir supérieur de son bureau.  . Ensuite, elle enfila rapidement sa veste de costume noir et gagna le parking souterrain réservé à la brigade.

      Le Bleu était là, immobile adossé à la Mustang. Il laissait venir à lui sa patronne. Son visage était détendu et il avait un petit sourire sur les lèvres.

-Tu te fiches de moi le Bleu ! lança l’inspectrice tout en s’approchant d’un pas rapide. Tu t’es fait tout petit toute la journée et bien continues comme ça ! Allez, dégages de là. Tu peux te chercher un nouveau formateur. J’en parle au lieutenant dès demain.

     Pour la première fois le Bleu ne baissa pas le regard. Il garda son air détaché et interrompit sa patronne.

-Nous avons pris un mauvais départ vous et moi. Mais rien n’est irréversible. Vous me permettez de vous raccompagner ? Cela me ferait plaisir et cela désamorcerait peut-être le nœud de nos tensions. Demanda t-il d’une voix calme et sympathique. Qu’en pensez-vous patronne ?

Carla hésita longuement puis, devant ce geste d’apaisement finit par accepter.

-Si tu me raccompagne le Bleu, dis-toi bien que demain tu  devras venir me chercher et pas de grasse matinée qui tienne ! Il y a du boulot sur la planche figures toi. Et tu as quoi comme bagnole ? Et tu es garé où ? Jappa t’elle à nouveau tout en scrutant le parking.

Le stagiaire lui désigna un quatre quatre garé à l’autre bout du souterrain. Carla lui donna son adresse et lui indiqua la route à suivre pour ne pas perdre de temps.

      Le silence s’installa entre eux mais il ne pesait pas.

L’inspectrice se détendit enfin. Elle éprouvait quelque chose d’étrange, peu habituée aux gestes amicaux. La rudesse de ses propos, la sécheresse de son physique n’incitaient  d’ordinaire pas au contact.

 Carla se perdit dans ses pensées alors que le quatre quatre roulait dans la nuit tombante.

Ce temps passé à grignoter les kilomètres lui permit de réfléchir sur sa vie et sur son comportement.

-D’où lui venait cet esprit solitaire poussé à l’extrême ? D’où lui venait cette animosité, cette agressivité permanente ? Et de qui tenait-elle cette suffisance ?

Elle était tout à fait consciente de ne pas réagir comme tout le monde et se l’expliquait très simplement. -Je suis abîmée, déchirée par tant d’années d’enquêtes, par tant d’horreurs découvertes au fil des jours. L’enfer n’est pas pour après la vie. Pensait-elle souvent. Non, l’enfer est bien là parmi nous au quotidien. Et c’est un quotidien horrible pour qui est fragile ou sensible. L’enfer est sans fond.  C’est un vide infini toujours plus imaginatif.

Mais si j’arrête ce boulot à la con, qu’est-ce que je vais faire de ma peau ?

 

     Lorsque Carla regarda la route, elle ne sut dire où ils en étaient du trajet.

-Hé le Bleu, tu as encore merdé ! Tu t’es trompé de route. Tu vois,  le désamorçage de tensions dans ces conditions, et bien, c’est mal barré. Plaisanta t’elle.

Pour la première fois, le Bleu entendit singler le rire de sa patronne. Il était comme le reste de sa personne : sec et strident.

-Mais non, je veux vous montrer quelque chose. Je suis sur que ça va vous intéresser. Expliqua Grégory Anderson,  car tel était son nom, elle s’en souvenait maintenant.

     Le quatre quatre quitta  la route principale Middleroad. Puis il suivit durant quelques kilomètres la voie secondaire pour finalement s’engouffrer sur un sentier caillouteux. Au volant, Grégory se concentrait. Il s’avançait maintenant dans la forêt sombre. Le bruit du moteur, le crissement des pneus sur les broussailles raisonnaient dans la nuit profonde. Les coyotes, sans doute dérangés,  semblaient détaler non loin dans les fourrés.

-C’est là ! Lança le Bleu tout en tirant sur le frein à main.

 Puis il ouvrit sa portière, sauta allègrement de son siège et alla ouvrir son coffre.

Carla resta un moment sans bouger. Puis énervée, elle détacha sa ceinture et le rejoignit à l’arrière du quatre-quatre.

-He, le Bleu, tu  fais quoi là ? Tu cherches quoi ?

-Vous ne lâchez donc jamais le morceau hein ? L’interrompit-il. 

 

- Hein quoi ! Tu as dit quoi ? Questionna l’inspectrice tout en essayant de localiser le regard de son stagiaire.

Une lune filtrait un peu au travers des cimes. Son visage s’était transformé. L’amabilité de ses traits, cette amabilité qui avait fait que Carla avait accepté de se laisser raccompagner, avait fait place à une crispation presque déformante.

     Soudain, elle sentit sur le haut de son crâne s’abattre la lampe torche. Sous le poids de l’impacte, elle chancela. Un violent coup de pied dans le genou droit la fit tomber en arrière. En un éclair, Grégory fut à califourchon sur elle. Il maintenait ses épaules plaquées au sol. Des branches pénétraient le dos de la jeune femme au travers de sa veste de costume, la blessant jusqu’au sang.

Les lunettes de Gregory étaient tombées au sol. Ses yeux apparaissaient plus bleu que jamais, d’un bleu tellement glacial.

 

 - On est entre nous maintenant ! Vous êtes à ma merci. Vous faites moins le bourreau. Vous aimez humilier les gens ? Vous aimez les rabaisser et en public par-dessus le marché ! Ca vous excite hein ! Il faut quelqu’un pour vous stopper. Je me dévoue.

Moi  quand j’ai commencé ma formation de policier, j’avais rêvé d’autre chose. J’ai pensé à maman, à la fierté qu’elle éprouverait de me voir porter l’uniforme. Oui  Madame, le prestige de l’uniforme ce n’est pas rien ! Et il a fallu que je tombe sur quelqu’un comme vous ! Vous êtes pire que tous les criminels.

Grégory lâcha les épaules de Carla  pour la saisir à la gorge. Plus il parlait, plus il s’énervait, plus il serrait tel un animal féroce.

La jeune femme   tentait de se soustraire aux mains longues et puissantes de son agresseur mais  elle suffoquait. Le souffle lui manquait trop et ses forces diminuaient. Mais elle ne voulait pas renoncer à lutter.

-Que disiez-vous déjà ? Dégages de là ! Retournes chez maman voir si elle veut bien encore te border ! Fallait pas toucher à maman ! Qu’est ce que vous avez toutes à parler de maman sans savoir ? criait-il.

Son visage était rougi, congestionné par l’effort. Il maintint l’étau jusqu’à sentir flancher le corps sous lui.

Carla perdit tout d’abord connaissance, puis son visage devint violacé.

Grégory se redressa alors et dit :

-C’est qui la Bleue maintenant ?

  

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