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Mon ami, mon tchum
Mon ami, mon tchom  

     J’ai besoin de te conter ce qui m’est arrivé hier. Tu sais que je ne suis pas très doué pour mettre des mots sur ce que je ressens. Tu sais que je suis, comme toi un taiseux, plutôt right now, un  full action réaction. D’habitude je laisse aux autres les longs paragraphes, aux autres  de chercher le pourquoi du comment etc. mais là il faut que  je partage ça avec toi.

     Une amie   française m’interrogeait sur nos liens :

-Dirais -tu que c’est un ami ?

-Dirais -tu que c’est ton ami ?

-Dirais -tu qu’il a une place particulière pour toi dans ta vie ?

A tout cela je répondais oui.

Et bien-sûr en femme qui se respecte, l’intervieweuse ne se contenta pas de mes réponses trop courtes à son goût.

Elle cherchait à m’en faire dire davantage mais je ne trouvais à lui dire que ceci : désolée  je ne sais pas quoi te dire de plus. Entre lui et moi c’est naturel, c’est comme ça  puis c’est tout.

Tu sais mon tchom qu’une femme  désire toujours avoir le dernier mot : elle enchaînait donc :

-Tu vois mon cher Yvon on va faire quelque chose, quand on ne sait qualifier  un bien dont on jouit, il suffit pour en apprécier la valeur de supposer que l’on en est privé. Donc je te  donne ce postulat à partir duquel tu  devras réfléchir, : ton ami est muté pour des raisons professionnelles en France, non loin de chez moi, à six heures de vol du Québec, comment te sentirais -tu là dedans ?

     Et là mon tchom ! Autre monde, autre bulle,

Elle avait ouvert une brèche : je me mettais à parler de toi au passé, je plongeais dans son hypothèse  avec douleur. Je lui disais que tu étais mon clone, mon double et que pour moi ton départ  était comme la mort d’un bébé, que je ne m’en remettrais jamais, que jamais je ne  saurais trouver chez personne d’autre  ce que  j’avais ressenti avec toi dès la première minute de notre rencontre,  ce sentiment que nous  allions être de  très bons amis. Je lui disais que  jamais je ne revivrais ce sentiment de t’avoir toujours connu et cela dès notre première poignée de main il y a dix ans.

M’entendant utiliser l’imparfait, elle s’alarma et m’appela, plusieurs fois sans doute avant que je  ne redescende sur terre : Yvon Yvon ce n’est qu’une hypothèse, il n’est pas muté et il n’est pas parti ce n’était qu’une  mise en situation.

Ce peux -tu mon tchom  qu’elle me vire le chapeau à l’envers comme ça ?

Ce peux -tu  qu’elle est le don de me faire rentrer en moi si loin que j’explore des parties de moi jusqu’alors  inconnues ?

J’étais tout crash mon homme et pas à peu prés merci.

J’ai mis un moment avant de me ressaisir en partie.

    Le soir est tombé, je me suis accoté dans mon fauteuil. Le silence alentour était plaisant, j’ai pensé, et là c’était le fun : pourquoi m’inquiéter, on s’est sans doute connu dans une vie antérieure, ça ne peut en être autrement, on se  pratique  durant cette vie alors  forcément dans le futur, sous une autre forme whatever, on se fréquentera aussi c’est certain.

Et  très vite le réconfort m’a gagné, j’étais heureux:

Je sais mon ami comment tu vas réagir à cette lettre : tu vas me taper sur l’épaule, un bec sur le bout de mon nez et tranquillement tu vas me dire : tu me l’allonges ce café ?

Je te répondrai oui et l’on en restera là.

   

Pas de MP3 joint à ce texte faute d’avoir trouvé un lecteur à l’accent québécois.

   

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