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L'ange déçu

 L'ange déçu

Je suis un homme, de chairs et d’os, de cœur et d’esprit. Et pourtant, on m’a fait ange. Pas de ceux qui ont des ailes et se meuvent avec légèreté. Non pas de ceux- là parce que je suis sur un fauteuil.

On m’a fait ange dans le sens où comme eux, on me sait bienveillant, on me croit invisible et assexué.

 Bienveillant, je pense l’être. J’ai des amis et des amies, plus que chacun ne peut espérer. Je suis le confident des uns et des autres, celui qu’on est sur de trouver à chaque heure du jour et de la nuit parce qu’il est là, chez lui, forcément disponible parce qu’il ne travaille pas.

Le confident de quoi ? Des peines et des joies de cœur, des soucis financiers, parce que deux choses mènent le monde : l’amour et l’argent.

L’amour et l’argent pour moi ? Mes soucis ou mes joies ?

Je n’en ai pas : je suis un ange !  Mon cœur peut battre, vibrer pour une belle jeune femme, personne ne croix l’histoire d’amour possible.

On m’a fait ange : on me coupe les ailes. On m’enlève le droit de tout un chacun d’être un amoureux, d’être porté, soutenu et de vibrer à l’unisson…

On m’a fait ange, c’est à dire invisible. On parle en ma présence de cet univers amoureux comme d’un royaume fabuleux, merveilleux dans lequel il fait bon vivre chaque jour. Mais on en parle, sans retenue, comme d’un domaine réservé aux valides, sans jamais poser le regard sur moi.

On s’évertue à m’en interdire l’accès. Et là, tous les arguments sont bons : «elle est trop jeune pour toi, elle a surement des enfants et puis de toute façon, elle s’en fiche pas mal de toi».

Parfois, je me dis que c’est pour me protéger. Mais pour me protéger de quoi, de qui ? On ne me le dit pas.

-« Tu as enfin trouvé ta moitié ! Il serait temps, à ton âge ! », dit-on à l’un ou l’autre de mes amis. On le charrie, on le taquine. On va même jusqu’à lui présenter du monde pour donner un coup de pouce au destin.

Et moi je reste seul, mais tout le monde s’en fou. 

-« A quoi bon t’emballer ? » me dit-on  parfois d’un ton irrité.

-«Tu ne peux concrétiser, alors laisses tomber. Tu n’enas pas besoin!

Tu n’en as pas besoin ! pas besoin, pas besoin, pas besoin….

 

Ce texte est l’aboutissement d’une longue conversation avec une amie proche qui en est l’auteur et qui est aussi l’une des très rares personnes à me comprendre. Un grand merci à elle et félicitation pour son oeuvre.

Christophe




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